Un peu d'Histoire
Histoire du syndicalisme et de Force Ouvrière
1895 : CREATION DE LA Confédération Générale du Travail
Pour pouvoir parler du mouvement syndical en France, nous devons revenir à 1895 et parler de la "préhistoire du syndicalisme". En effet, l'idée de protection, d'association remonte très loin dans l'histoire.
La Révolution de 1789 : loi "Le Chapellier"
La révolution de 1789 bouleversera considérablement l'organisation politique du pays et les modalités de pensée de la population.
La révolution abolit les corporations en février 1791 (décret d'ALLARDE") et proclame la liberté du travail. Elle va plus loin.
Alarmée par une grève de charpentiers de Paris, l'Assemblée Constituante, sur le support du député de Rennes "Le Chapelier", vote une loi interdisant les coalitions et les associations ouvrières et patronales. Les hommes de 1789 redoutaient les corps intermédiaires.
La loi détruisit la vieille organisation, elle supprima le statut professionnel du Moyen Age et de Colbert pour établir ce qu'on appelle le "libéralisme économique" ; c'est-à-dire, la liberté pour chacun, à ses risques et périls, d'entreprendre et de poursuivre une activité industrielle ou commerciale, dans quelque métier que ce soit. Désormais, le capital est un élément essentiel de toute activité économique.
En 1810, Napoléon 1er dans le code civil interdit le droit de coalition (grève) sous peine d'amende ou de prison.
C'est au XIXe siècle que la grande industrie se développe en France. Se constituent alors des masses urbaines énormes pour l'époque qui posent de multiples problèmes.
Cette première révolution industrielle créée des conditions de vie et de travail de plus en plus inacceptables pour les ouvriers. L'on travaille de 15 à 17 heures par jour. Les enfants ne sont pas épargnés et la majorité d'entre eux vont à l'usine dès l'âge de 6 ans. L'école est un privilège, les salaires sont très bas. I
l n'y a pas de prévention contre la maladie, la vieillesse, l'accident de travail, le chômage.
Ainsi le seul recours des salariés est la révolte.
Certaines d'entre elles sont célèbres :
- Révolte des Canuts (Lyon 1831)
- Vivre en travaillant ou mourir en combattant
- Révolte du 2 juin 1848
- "Du pain ou du plomb"
- La commune de Paris (mars, mai 1871)
- L'émancipation ouvrière par la liberté communale révolte des canuts (Lyon 1831)
Depuis plusieurs années, on voit se constituer dans beaucoup de villes, des sociétés de secours mutuels, les sociétaires leur font jouer le rôle de "société de résistance".
Ils essaient d'obtenir un tarif, c'est-à-dire la fixation de prix uniforme du travail ; lointaine origine de notre politique contractuelle.
Ils n'hésitent pas à recourir à la grève pour faire pression sur les patrons, bien que la loi l'interdise.
25 mai 1864 : Libre exercice du droit de grève
Napoléon III ne va pas jusqu'à autoriser les syndicats. Il accorde aux ouvriers le droit de grève. Cette loi rapportée par Oliver supprime le délit de coalition et le remplace par le délit d'entrave à la liberté du travail.
Il est interdit aux grévistes d'empêcher leurs camarades de continuer à travailler, mais ni les grévistes ni les meneurs ne peuvent plus être poursuivis pour avoir cessé collectivement le travail.
La grève est désormais licite.
1884 : Droit d'association syndicale
Deux hommes d'état libéraux, Jules Ferry et Valdeck Rousseau, font voter une loi. Elle autorise la création des syndicats professionnels dont l'objet exclusif est l'étude et la défense des intérêts économiques des salariés.
1886 : Congrès de Lyon
Un congrès ouvrier se tient à Lyon et c'est avec l'aide du gouvernement que les socialistes s'y rendent et font décider la création de la Fédération Nationale des Syndicats et des Groupes Corporatifs.
C'est cette même année que cette fédération décide qu'il y aura grève générale chaque 1er mai à partir de 1890 pour revendiquer la journée de 8 heures.
1892 : Congrès de Saint-Etienne
A partir de 1886, plusieurs municipalités créent des bourses du travail et mettent à leur disposition des locaux.
Les bourses du travail mettent en rapport l'offre et la demande de main d'oeuvre.
Elles ont donné au mouvement syndical français son originalité par l'indépendance vis-à vis des partis politiques qui n'a guère d'analogie à l'étranger.
C'est en 1892 que se crée la Fédération des Bourses du Travail et c'est en 1894 que cette fédération se donne pour secrétaire un jeune intellectuel anarchiste, Fernand Pelloutier.
1895 : Congrès de Limoges
La CGT naît de la réunion de ces deux Fédérations au congrès de Limoges en 1895.
Elle comprend trois courants :
• Réformistes : Ils considèrent que l'action syndicale n'a pas d'autres buts que l'amélioration de la condition ouvrière, au moyen des con-ventions collectives, des lois sociales, de la mutualité, des coopératives de toutes sortes pour aider les travailleurs dans leurs activités professionnelles.
Le syndicat doit être indépendant des partis.
• Marxistes : Ils considèrent que l'action syndicale contribue à l'amélioration immédiate de la condition ouvrière mais leur objectif principal est d'aider le parti à prendre le pouvoir.
Le syndicat doit être associé au parti.
• Anarchistes : Ils considèrent que l'action syndicale a pour but essentiel de faire la révolution, sans l'aide des partis politiques, par l'action directe contre le patronat et le gouvernement.
Elle permettra d'établir dans l'entreprise et dans la société toute entière la "démocratie directe".
Octobre 1906 : LA CHARTE D'AMIENS FONDEMENT DU SYNDICALISME LIBRE ET INDÉPENDANT
Le CONGRÈS CONFÉDÉRAL D’AMIENS confirme l’article 2, constitutif de la CGT.
“La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat…"
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la “lutte de classe” qui oppose, sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielle que morale, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique : dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers,
l’accroissement du mieux être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires etc…
Mais cette besogne n’est qu’un coté de l’œuvre du syndicalisme : il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.
Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, qu’elles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat.
Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté, pour le syndiqué, de participer en dehors du groupement corporatif, à telles formes de luttes correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réci-procité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors.
En ce qui concerne les organisations, le Congrès décide, qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupement syndical, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à coté peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale.
1906, c'est aussi la loi sur le repos dominical.
1914 - 1918 : Guerre
La Première Guerre Mondiale mit à dure épreuve l'organisation syndicaliste internationale péniblement mise sur pied entre 1906 et 1914, et qui venait de se constituer en Fédération Syndicale Internationale (FSI), à Zurich, en 1913.
La guerre a bouleversé les institutions, a profondément modifié les idées, les conditions de vie économique, "un nouveau monde ouvrier allait reprendre la lutte dans des conditions nouvelles".
1919 : Loi de 8 heures réclamée depuis plus de 30 ans
C'est ainsi qu'un grand nombre de salariés, jusqu'alors indifférents, prirent le chemin du syndicat. La CGT peut s'enorgueillir, près de deux millions d'adhérents en 1920.
Chiffre considérable, qui réjouissait les tréso-riers, mais qui ne laissait pas sans inquiétude les secrétaires responsables et les vieux militants.
Deux millions de syndiqués, certes, c'est une force mais deux millions de syndiqués nouvelle-ment recrutés ne font pas deux millions de syndicalistes. Beaucoup de ces nouveaux venus ignorent tout des traditions et de l'action syndicale ; des luttes auxquelles il faudra prendre part, des obligations à respecter, des sacrifices qu'il faudra consentir.
Ils sont pleins de bonne volonté et d'ardeur, sans doute, mais ils sont venus au syndicat parce qu'ils le sentaient fort et beaucoup l'abandonneront aux premières difficultés.
Peu habitués aux problèmes sociaux, ils distingueront mal le souhaitable du possible et se laisseront facilement séduire par les programmes simplistes et les positions démagogiques.
1917 : Définition par Lénine d'une nouvelle conception syndicale
Un fait nouveau passionnait tous les esprits: la révolution russe d'octobre 1917. En février 1919, Lénine fonde l'Internationale Communiste. Le parti qui veut y adhérer devra se conformer aux 21 conditions qui la com-posent. Les IX et Xe conditions d'adhésion provoquèrent la première scission syndi-cale (voir en annexe).
1919 : Création de la CFTC par la hiérarchie catholique
Elle réunissait des salariés unis par une conformité de pensée religieuse. Ils refusaient la lutte des classes, croyaient à une collaboration possible entre capital et travail, entre patrons et ouvriers.
Ils avaient conquis des appuis parmi de hauts dignitaires catholiques et une Encyclique du Pape PIE XI de 1931 avait légitimé l'existence de ce que l'on peut appeler le christianisme social.
1921 : PREMIERE SCISSION
C'est en décembre 1920, au congrès extraordinaire du Parti Socialiste qui se tient à Tours, que la majorité se prononça pour "l'adhésion à Moscou".
C'est la scission avec création du Parti Communiste d'un côté, et la Section Française Internationale Ouvrière (SFIO) de l'autre.
En juillet 1921, le même problème se pose à la CGT.
Les Réformistes l'emportent avec 52 % des voix et réaffirment l'indépendance du syndicalisme à l'égard des partis. Minoritaires, les communistes quittent la CGT pour créer la CGTU (U - Unitaire) qui adhère à l'Internationale Syndicale rouge qui avait été mise sur pied en 1919, par Moscou, pour amenuiser l'influence et l'importance de la Fédération Syndicale Internationale à qui la CGT avait donner son adhésion.
1928 : Sous l'impulsion de la CGT (devenue plus tard CGT-FO)
Loi sur les assurances sociales et la retraite à 60 ans.
1936 : Réunification syndicale
Nous serons brefs sur les conditions de cette réunification.
Elle fut essentiellement la conséquence de la menace fasciste.
A l'émeute fasciste du 6 février 1934, en France, la CGT répond, le 12 février, par une grève générale à laquelle s'associa la CGTU.
La scission entre Socialistes et Communistes en 1920 avait entraîné la scission de la CGT.
De même, le rapprochement socialistes/communistes, en juillet 1934, va entraîner la réunification syndicale au congrès de Toulouse, en mars 1936.
Ainsi, après la grande vague de grève de 1936, une délégation de la CGT, conduite par Léon Jouhaux (co-fondateur de la CGT-FO)
Léon JOUHAUX
conclue l'accord Matignon du 7 juin 1936 avec la Confédération Générale de la Production Française (syndicat patronal).
La CFTC n'est pas dans le mouvement, ni dans les négociations.
• Loi 40 heures
• Congés payés
• Hausse dessalaires
• Délégués du Personnel
1939 : DEUXIEME SCISSION
Les ambitions impérialistes et expantionnistes d'Hitler se précisaient de plus en plus. Des négociations des états-majors se poursuivaient entre la Grande Bretagne, l'URSS et la France, pour pouvoir prendre une position commune face à l'Allemagne nazie.
Ainsi, c'est dans un climat particulièrement orageux que, le 23 août 1939, l'annonce du pacte germano-soviétique révèle au grand jour des divisions à l'intérieur de la CGT réunifiée.
Les militants communistes refusent de désapprouver ce pacte.
Le 17 septembre, les armées soviétiques pénètrent à leur tour en Pologne. C'en est trop ; Léon Jouhaux, au nom du bureau confédéral de la CGT, déclare :
"Il n'y a plus de collaboration possible avec ceux qui n'ont pas voulu ou pas pu condamner une telle attitude, brimant les principes de solidarité humaine qui sont l'honneur de notre mouvement ouvrier."
C'est la deuxième scission : continuité de la CGT (réformistes) et reconstitution de la CGTU (communistes).
1943 : Deuxième réunification
Après l'invasion de la France, en juin 1940, le gouvernement du Maréchal Pétain décrète la dissolution de toutes les organisations interprofessionnelles.
Après l'agression hitlérienne contre l'URSS, le 21 juin 1941, la direction du Parti Communiste entre dans la résistance et c'est clandestinement qu'un accord est conclu, en avril 1943, au Perreux.
Il y aura à nouveau une seule CGT, dans la clandestinité.
En décembre 1945, le journal clandestin des syndicalistes "Résistance Ouvrière" était devenu "FORCE OUVRIERE" et il s'efforça de regrouper tous les syndicats libres pour lutter contre la colonisation du syndicat par les communistes et pour rendre à l'organisation ouvrière son indépendance d'action.
C'est la deuxième scission : continuité de la CGT (réformistes) et reconstitution de la CGTU (communistes).
1945 : La CGT redevient légale
1946
• Les assurances sociales deviennent Sécurité Sociale
• Loi sur les comités d'entreprises
• Loi sur les délégués du personnel
La CGT est alors toute puissante et compte 6 millions d'adhérents.
Il y a 2 Secrétaires Généraux :
• Léon Jouhaux, pour les ex-confédérés (CGT)
• Benoît Frachon pour les ex-unitaires (CGTU)
Les communistes font supprimer l'article 10 des statuts : l'interdiction de cumuler les fonctions politiques et syndicales. Les dirigeants de la CGT peuvent être en même temps dirigeants d'un parti politique.
Cette subordination de l'action syndicale à l'action politique augmente les divisions internes.
Le manque d'unité apparaît nettement au Congrès Confédéral de 1946.
1947 : TROISIEME SCISSION
1947-1948 : Création de FORCE OUVRIERE
Le 5 mai 1947, les communistes sont écartés du gouvernement suite à la position qu'ils ont prise contre le gouvernement au sujet de la grève chez Renault.
Le Parti Communiste a fait de Renault sa "forteresse" depuis la mise en régie nationale des usines.
Il contrôle la CGT et quadrille les ateliers.
Et pourtant, c'est de Renault que va venir la grève sauvage qui va modifier la stratégie du PC et de la CGT.
Les primes à la production proposées par la CGT sont refusées par la majorité des salariés.
Rapidement, sous l'influence d'éléments trotkistes et anarchistes, le mécontentement déborde la simple pétition pour se traduire par la grève qui s'étend en dépit des syndicalo-communistes.
La CGT et le PC condamnent la grève.
Le 1er mai 1947, on verra même deux cortèges Renault converger vers la Concorde et en venir aux mains : celui des grévistes et celui des communistes.
Puis, brusquement, sentant le vent, et que les travailleurs en ont assez des horaires élastiques, des trop longues heures supplémentaires, la CGT "récupère" la grève Renault pour en prendre la tête.
Le Parti Communiste, dont les ministres sont au pouvoir, lance au gouvernement un ultimatum pour la satisfaction des revendications bien supérieures à ce qu'il considérait comme impossible deux jours avant… On ne peut être à la fois dedans et dehors… RAMADIER tire les conclusions de la nouvelle attitude communiste et remercie les ministres du PC.
"... et la CGT-FORCE OUVRIERE NAISSAIT DANS LA DOULEUR"
Le plan Marshall
Le 5 juin, les Etats-Unis offrent leur aide à l'Europe pour sa reconstitution économique : c'est le plan Marshall.
Staline voudrait bénéficier de cette aide, mais les Américains mettent comme condition que les gouvernements européens coordonnent leurs
efforts. Staline refuse ces conditions et donne de nouvelles directives au mouvement communiste international : lutter con-tre le plan Marshall.
Les communistes français s'alignent.
Le 11 novembre 1947 éclate à Marseille une grève des traminots qui est le point de départ du plus vaste mouvement de grève que la France ait connu avant mai 1968. Ces grèves prennent un caractère insurrectionnel.
Les réformistes jugent que cette action n'a plus rien de syndical et s'apercevant que la majorité des postes de responsabilité sont détenus par les communistes, ils quittent la CGT avec Léon Jouhaux et ils vont fonder, en janvier 1948, la CGT-FO.
Les syndicats d'enseignants, eux, créent la FEN. C'est la troisième scission provoquée, comme les deux précédentes, par l'intrusion de la politique dans le syndicat.
La scission de la CGT française fut accompagnée, pour les mêmes raisons, par celle de la CGIL
italienne. Et un peu plus d'un an après ce fut l'éclatement de la Fédération Syndicale Mondiale Communiste (FSM) qui avait été créée en 1945 ; elle succédait à la fois à l'ancienne Fédération Syndicale Internationale (FSI) et à l'Internationale Syndicale Rouge (ISR).
Toutes les grandes confédérations syndicales des pays démocratiques constituèrent à Londres la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) dont la CGT-FO est membre, comme le DGB allemand, l'Union Syndicale Suisse, les TUC Britanniques, l'Organisation Scandinave, le FGTB Belge, le NVV Hollandais, ainsi que beaucoup d'autres dans le monde entier.
C'est donc ainsi qu'est née la CGT-FO
Constatant que les ordres de grève lancés par les communistes l'ont été dans le mépris le plus total de la démocratie syndicale et contre la volonté de la majorité des travailleurs ; constatant que l'appel en vue de maintenir l'unité ouvrière n'ayant pas été entendu, la conférence des groupes FORCE OUVRIERE demandait à tous ses militants responsables de constituer sans délai les structures de la véritable centrale confédérée de tous les salariés.
Ce fut fait et, à Benoît Frachon déclarant "la CGT continue", Robert Bothereau (1er Secrétaire de laCGT-FO, de 1948 à 1963)
répondit : "nous continuons la CGT".
Robert BOTHEREAU
L'action émancipatrice
FORCE OUVRIERE va continuer dans la voie traditionnelle vers de nouvelles réformes sociales, en attendant la réalisation d'une société où l'exploitation de l'homme par l'homme ne serait plus possible.
FORCE OUVRIERE va continuer à venir en aide aux déshérités et à améliorer la condition de ceux qui souffrent le plus des injustices et des inégalités de la société actuelle.
FORCE OUVRIERE va continuer à affirmer sa doctrine d'action basée sur le triptyque :
REVENDIQUER-NÉGOCIER-CONTRACTER
C'est ainsi que la CGT-FO revendique le retour à la liberté des négociations : c'est le retour à la politique du contrat collectif.
Après avoir déclenché la grève générale du 25 novembre 1949, elle obtient finalement satis-faction puisque la loi du 11 février 1950 (loi sur le retour aux conventions collectives et à la libre discussion pour la fixation des salaires) rend aux Organisations Syndicales la liberté de négociation.
A partir de 1957, commence la période des grands accords interprofessionnels :
- Création des retraites complémentaires de non-cadres (UNIRS : 1957 - ARRCO : 1961
- Création de l'Assurance Chômage (UNEDIC - ASSEDIC : décembre 1958)
- L'établissement du fichier central des conventions collectives (décembre 1964)
- La quatrième semaine de congés payés (1965)
- L'installation de l'APEC pour l'emploi des cadres (novembre 1966)
- L'indemnisation de chômage partiel (complémentaire : février 1968)
- L'accord sur la sécurité de l'emploi (février 1969, amélioré en novembre 1974)
- L'accord sur la formation continue (juillet 1970, amélioré le 9 juillet 1977)
- La pré-retraite pour les chômeurs âgés (mars 1972, amélioré en 1974)
- La garantie des salaires à 90 % en cas de licenciement pour cause économique (1974)
- La création de l'Agence pour l'amélioration des conditions de travail (décembre 1973), et accord interprofessionnel (mars 1975)
- La cinquième semaine de congés payés et réduction de la durée du travail (juillet 1981)
1964 : Création de la CFDT
Une importante majorité de la CFTC pense que celle-ci est enfermée dans un ghetto à cause de son étiquette chrétienne.
Elle doit changer de nom. C'est ce que fait, le 8 novembre 1964, un congrès extraordinaire. Ainsi, est créée la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT).
Mais elle demeure fortement influencée par la doctrine sociale de l'Église. On constate d'ailleurs que les publications catholiques font état très largement des positions CFDT. Depuis 1966, elle pratique l'unité d'action avec la CGT.
Après s'être voulue révolutionnaire, puis autogestionnaire, indépendante des partis, la CFDT s'engageait dans des campagnes politiques (1977), abordait ensuite un laborieux recentrage pour se découvrir aujourd'hui une vocation réformiste.
Les militants fidèles au syndicalisme chrétien décident de maintenir la CFTC...
2010 : AUJOURD'HUI
Un siècle de batailles pour L'INDEPENDANCE SYNDICALE
En posant le principe de l'indépendance réciproque entre les partis politiques et les syndicats, les rédacteurs de la Charte d'Amiens de 1906 affirmaient l'autonomie d'action du mouvement syndical.
Il n'était pas question de s'en remettre aveuglément à l'action parlementaire ni de lier ses initiatives aux partis politiques, même directement issus de la classe ouvrière.
L'expérience des réformes promises et toujours repoussées avait rendus méfiants les fondateurs de la CGT, convaincus que le syndicalisme, pour le domaine qui le concernait, ne devait compter que sur lui-même.
C'est dans cette logique que la liberté de négociation et la pratique contractuelle sont indispensables et incontournables.
Cette tradition d'indépendance, FORCE OUVRIERE est bien décidée à la poursuivre parce que les salariés de toutes opinions ont besoin d'une action revendicative définie et défendue par eux-mêmes.
Quel que soit le gouvernement en place, le syndicat doit pouvoir exister et agir de manière libre et indépendante.
Aussi, FORCE OUVRIERE a célèbré en 2006 le centenaire de la Charte d'Amiens pour marquer, par delà le tumulte de l'histoire, la continuité de l'action syndicale.
En adhérent, en soutenant l'organisation syndicale, c'est vous-même que vous défendez mais c'est aussi la permanence et la continuité d'une action plus que centenaire pour le progrès social.
Pouvoir d'achat, défense du droit du travail, des services publics, refus de la précarité et d'un avenir bouché :
Adhérez et faites adhérer à FORCE OUVRIERE !
Le syndicat c'est vous.
La Charte d'Amiens
Le texte dit "charte d'Amiens" est un texte adopté par le congrès de la CGT en 1906 à Amiens. A l'époque on appelait ça un "ordre du jour".
Il fait suite à un débat qui a agité la confédération : le syndicalisme doit-il lier son action, et son destin, aux partis politiques, en l'occurrence à l'époque au Parti Ouvrier Français de Jules Guesde.
La réponse du congrès fut : non.
Cette Charte est donc celle de l'indépendance syndicale, mais pas seulement : elle fixe les tâches du syndicalisme, la fameuse "double besogne" : conquérir des améliorations immédiates, et préparer l'émancipation des travailleurs.
Par fidélité à l'indépendance syndicale, les militants de la CGT qui refusaient la mainmise du Parti Communiste Français sur la CGT ont provoqué en 1947 une scission d'où est née la CGT-FO, c'est-à-dire FORCE OUVRIERE.
Depuis plus de 60 ans, FO continue la CGT originelle en étant fidèle dans sa pratique à la Charte d'Amiens.
Léon Laurent, délégué de la Bourse du Travail de Cherbourg, fut l'un des signataires de "l'ordre du jour" proposé au congrès par quelques délégués dont Niel et Pouget.
la Charte d'Amiens
L'indépendance syndicale fut un des problèmes essentiels du mouvement ouvrier français à la fin du siècle dernier. Pour mettre fin à l'emprise de partis politiques révolutionnaires sur les syndicats, dès 1892 un mouvement se dessina et devint de plus en plus impérieux en faveur de l'autonomie syndicale qui rejeta toute obédience envers les partis politiques quelle que soit leur tendance et leur doctrine et même s'ils soutenaient avec sympathie les revendications ouvrières.
L'indépendance syndicale triompha donc au Congrès constitutif de Limoges de 1895, par cette affirmation: La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.
Bien que ce principe fondamental constitue l'article 2 des statuts de la CGT de 1895, le Congrès confédéral de 1901, tenu à Lyon, rappela de nouveau aux militants que l'action syndicale devait conserver sa vie propre et s'affirmer en dehors de toute influence politique.
Or, les rapports de certains groupements syndicaux avec les partis ouvriers de l'époque, donnèrent lieu à des critiques sévères qui nécessitèrent une nouvelle définition encore plus complète et plus ferme de l'attitude du mouvement syndical envers toute formation de caractère politique.
C'est au Congrès confédéral d'Amiens de 1906 que le texte de la résolution Griffuelhes fut votée par 824 mandats contre 3, qu'on appelle par son importance historique: La Charte d'Amiens. Elle fut un événement capital dans les annales du mouvement syndical français, en ce sens, qu'elle fixa l'orientation des actions corporatives, strictement délimitées sur le plan économique et social; en proclamant avec force, l'autonomie absolue du syndicalisme et que l'œuvre revendicatrice de la classe ouvrière pour l'amélioration progressive de sa condition de vie, n'est qu'un aspect de l'action du syndicalisme qui prépare l'émancipation des salariés.
La motion admettait la liberté d'opinions des syndicalistes, mais précisait que leurs efforts devait s'exercer avant tout dans le domaine économique, contre les abus du patronat: Le Congrès reconnut l'entière liberté pour le syndiqué d'avoir une conviction philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat, les opinions qu'il professe en dehors du groupement corporatif... Les organisations confédérées n'ayant pas à se préoccuper des partis et des sectes, qui en dehors et à côté peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale.
Les principes de la Charte d'Amiens furent respectés jusqu'en 1918. Au lendemain de la première guerre mondiale, les minoritaires communistes tentèrent, en vain, de politiser la CGT. Au Congrès confédéral de 1920, les réformistes réaffirmèrent l'indépendance totale du syndicalisme envers les partis politiques, de même qu'au Congrès de Lille du 25 juillet 1921, les majoritaires refusèrent une fois de plus de trahir la Charte d'Amiens, et ce fut la scission (27 décembre 1921).
Il est significatif, que deux ans après la réunification de la CGT, le Congrès confédéral de Nantes (1938) se prononça par 16.582 voix pour l'autonomie absolue de la CGT.
N'admettant pas la direction du parti communiste au sein du mouvement syndical, la tendance Force Ouvrière quitta la CGT en 1947, et se constitua une confédération libre, fondée sur la conception de l'indépendance, définie par la Charte d'Amiens.
Le rôle des Bourses du Travail
Au Congrès de Saint-Etienne de 1892, les Bourses du Travail avaient constitué leur Fédération nationale, dont la préoccupation immédiate n'était pas seulement de préserver l'indépendance des Bourses de la tutelle municipale, mais d'établir un programme d'action dans le but :
- D'unifier et de faire aboutir les revendications des syndicats ouvriers;
- D'étendre et de propager l'action des Bourses du Travail dans les centres industriels et agricoles;
- De nommer les délégués au Secrétariat national du Travail;
- De réunir tous les éléments statistiques et de les communiquer aux Bourses adhérentes et en même temps de généraliser le placement gratuit des travailleurs des deux sexes de tous les corps d'état.
Dès que Fernand Pelloutier (1867-1901) devint secrétaire général de la Fédération des Bourses, cette organisation ouvrière, grâce à sa stimulante activité, se développa et prit une importance particulière dans le mouvement syndical. Pelloutier alla encore plus loin: il assigna aux Bourses du Travail un rôle, à la fois social, moral, éducatif et revendicatif, qui consistait à créer:
- Un service de mutualité (placement, secours de chômage (viaticum); secours contre les accidents);
- Un service de l'enseignement (bibliothèque, office de renseignements, cours professionnels, cours d'enseignement général);
- Un service de propagande. (Etudes des statistiques et économiques. Formation des syndicats et des coopératives. Demandes de conseils de prud'hommes);
- Un service de résistance (mode d'organisation des grèves, et des caisses de grève. Agitation contre les projets de lois, qui inquiètent l'action économique des ouvriers).
Pelloutier disait «les Bourses "idéales" doivent jouer un rôle dans l'organisation économique nouvelle; ne pas être seulement l'instrument de la lutte contre le capital, mais un facteur dans la formation de l'état social futur... Car, c'est dans ces Bourses du Travail que les hommes se rencontreront pour chercher en commun les moyens de discipliner les forces naturelles et de les faire servir au bien-être humain».
C'était le rêve de ce militant sincère et dévoué, précurseur du syndicalisme constructif. Mais dans la réalité, qu'elle était à cette époque la portée et l'action des Bourses du Travail? A cet égard, tous les historiens du mouvement syndical s'accordent à reconnaître leur originalité particulière, par le fait qu'elles groupaient indistinctement tous les syndicats d'une même ville et qu'elles unifiaient les intérêts de la classe ouvrière. Si les Bourses du Travail furent très fréquentées pour ses offices gratuits de placement, elles exercèrent d'autre part, une influence décisive sur les grèves, en aidant financièrement les grévistes et sur le plan de l'action, elles avaient réussi à organiser syndicalement les ouvriers vinicoles du Midi de la France.
Le 1er mai 1896, sous la signature de Fernand Pelloutier, les Bourses du Travail lancent un appel à la classe ouvrière, qui constitue une prise de position devant les problèmes sociaux et un programme immédiat: «Les Bourses du Travail entrent désormais dans la lutte économique et réclame: la réduction de la durée du travail, la fixation d'un minimum de salaire, le respect du droit de résistance à l'exploitation patronale... La Fédération des Bourses sera le cadre de l'action éducative et novatrice qui émancipera les travailleurs organisés de leur servitude et leur permettra de devenir des hommes fiers et libres.»
Ainsi apparaissent nettement, le caractère et la signification révolutionnaire des Bourses du Travail, dont l'ascendant fut considérable sur le mouvement syndical, avant la première guerre mondiale.
Histoire du 1er Mai
La fusillade du 1er mai 1891 est entrée à jamais dans l'histoire de France et des luttes ouvrières !
Retour sur la fusillade du 1er mai 1891 à Fourmies
A l'origine, le 1er mai était la fête du printemps ! Dès le Moyen-Age, le 1er Mai était fêté dans les campagnes et la coutume voulait qu'un arbre de Mai (arbre vert enrubanné) soit planté devant la porte de la personne à honorer dans le village. Ce jour de fête était par excellence un symbole du renouveau. Un peu plus tard, dans les années 1700, le 1er Mai fut aussi choisi pour être la date traditionnelle du renouvèlement des baux ou des contrats de travail.
On ne peut pas parler de la fusillade de Fourmies, sans évoquer un autre évènement qui a marqué le monde ouvrier à Chicago, en 1886. En effet, le 1er Mai 1886 à Chicago, devant les usines Mac Cormick, une manifestation est organisée. Plusieurs militants sont arrêtés, condamnés et pendus. C'est en hommage à ces « martyrs de Chicago » que la date du 1er Mai est choisie en 1989, par l'internationale ouvrière, comme étant une journée d'action des ouvriers dans le monde entier.
La ville de Fourmies a atteint son apogée industrielle et démographique à la fin du XIXe siècle. Elle compte alors 16 000 habitants, en majorité des ouvriers. En 1891, à l'approche du 1er mai, on craint des mouvements de grèves comme chaque année à la même date (depuis qu'en 1886 les syndicats ouvriers américains ont décidé de faire de ce jour une journée de revendications). Le 1er mai, jour de travail ordinaire donc non chômé, est devenu un jour de manifestations ouvrières marqué traditionnellement par des grèves.
Dès le printemps 1891, la journée du 1er Mai à Fourmies est préparée par des meetings auxquels participent des militants du Parti Ouvrier Français, tels Hippolythe CULINE et Paul LAFARGUE (le gendre de Karl MARX). Les auditeurs se pressent nombreux à ces réunions publiques et les idées sont reprises par : "le 89 des Prolétaires" à Fourmies et le mouvement ouvrier "les défenseurs du Droit" à Wignehies. On y dénonce les conditions de travail déplorables et on revendique la journée de 8 heures de travail.
Hippolythe Culine, le leader local, est né à Sedan en 1849.
Il est représentant de commerce pour une maison de confection et décide de s'installer à Fourmies en 1888. Il y développe alors la propagande socialiste et organise dans la région des conférences du Parti Ouvrier Français.
Au lendemain du 1er Mai 1891, il sera arrêté, puis traduit quelques jours plus tard, devant la cour de Douai. Il sera finalement condamné à 6 ans de prison, avant d'être libéré en Novembre 1892 et de s'installer à Reims.
Il était convenu dès le départ que cette fête internationale du travail devait être une grande journée festive ! Selon le programme qui avait été établi par Culine, les ouvriers étaient invités à porter leurs revendications à la mairie de Fourmies, à 10h. Des festivités l'après-midi et un bal en soirée étaient également inscrits au programme. Le 1er Mai 1891 n'aurait jamais du se terminer dans un bain de sang...
Les Délégués ouvriers désignés en Assemblée générale des Travailleurs et réunis à Fourmies, au Café du Cygne, rue des Eliets, avaient retenu 8 revendications prioritaires :
1) La journée de huit heures
2) L'application de l'unification de l'heure pour la rentrée et sortie des fabriques et la même heure pour toutes, annoncée par la cloche locale
3) Création d'une Bourse du Travail
4) Révision générale des tarifs, suppression des règlements léonins, abrogation des amendes et des mal façons
5) Fixation de la paie tous les huit jours et l'obligation réciproque de prévenir 8 jours à l'avance en cas de cessation de travail
6) Suppression des octrois
7) Amélioration hygiénique à apporter dans certains ateliers en particulier à Fourmies et sa région.
8) Création de Caisses de retraites pour les ouvriers.
Les patrons répliquent par une adresse très vive "contre les meneurs étrangers" et les "théories révolutionnaires". Affichée le 29 avril et signée par tous les entrepreneurs, sauf un, elle tente de dissuader les ouvriers de participer à la manifestation.
A la veille du 1er mai, les patrons ont exprimé leur inquiétude au maire qui demande un renfort de troupes au sous-préfet d'Avesnes en prévision de la journée du 1er Mai.
Histoire de dissuader les ouvriers à se mettre en grève, le patronat menacera également de licenciement tous les ouvriers qui arrêteront le travail. Devant les risques de débordements, ils finiront par obtenir du préfet qu'il mobilise un important dispositif de maintien de l'ordre. En cette journée du 1er mai, 2 compagnies d'infanterie seront donc mobilisées.
Déroulement de la journée du 1er mai 1891 à Fourmies :
Le beau temps est au rendez-vous en ce premier jour du "mois de Marie", un vendredi. Sur les haies du bocage, l'aubépine veut fleurir. Les amoureux ont cueilli des rameaux de frêle blancheur pour les fiancées. Quoi qu'il arrive, les jeunes seront les héros de la fête.
La scène du théâtre est prête: une esplanade rehaussée où la mairie, l'église et des estaminets invitent aux allées et venues, au rassemblement et aux harangues.
A 9 heures, la plupart des ouvriers de la ville sont en grève, et une seule filature reste en activité. Des ouvriers grévistes s'en approchent afin d'obliger "les jaunes" à cesser le travail. Après une échauffourée avec les gendarmes à cheval, quatre manifestants sont arrêtés.
Des renforts sont demandés à la sous-préfecture qui envoie deux compagnies du 145e de ligne casernée à Maubeuge. Le 84e RI d'Avesnes est déjà sur place. Le premier slogan de la journée "c'est les huit heures qu'il nous faut " est alors devenu "c'est nos hommes qu'il nous faut ". Le reste de la journée se déroulent sans aucun incident majeur.
En début d'après-midi, le maire de Fourmies promet de relâcher à 17h00 les ouvriers qui avaient été arrêtés le matin.
Il est 18h15, les 4 grévistes emprisonnés à la mairie n'ont toujours pas été libérés. Près de 200 manifestants arrivent alors sur la place de l'église et font face aux 300 soldats équipés du nouveau fusil Lebel qui contient 9 balles (une dans le canon et huit en magasin) de calibre 8 mm. Ces balles peuvent, quand la distance n'excède pas 100 mètres, traverser trois corps humains sans perdre d'efficacité.
Il est 18h20, les cailloux volent, la foule pousse. Pour se libérer, le commandant Chapus fait tirer en l'air. Rien ne change. Il crie : " baïonnette ! En avant ! " Collés contre la foule, les trente soldats, pour exécuter l'ordre, doivent faire un pas en arrière. Ce geste est pris par les jeunes manifestants pour une première victoire. Kléber Giloteaux, leur porte drapeau s'avance alors...
Il est presque 18h25....le commandant Chapus s'écrie : « Feu ! Feu ! Feu rapide ! Visez le porte-drapeau ! » La troupe tire et pour la première fois utilise le fusil LEBEL La fusillade va faire une trentaine de blessés et neuf morts parmi lesquels Maria BLONDEAU, jeune ouvrière de 18 ans tenant dans les mains un bouquet d'aubépine, Kléber GILOTEAUX, un jeune conscrit de 21 ans et Emile CORNAILLE, enfant de 11 ans avec dans sa poche une petite toupie...
Ces morts, promus martyrs aux yeux des ouvriers, vont très vite devenir un symbole de la République répressive et de classe. « Car à Fourmies, c'est sur une gamine que le lebel fit son premier essai… » (Montéhus). Maria BLONDEAU a été effet tuée à bout portant, les yeux dans les yeux de son exécuteur, d'une balle dans la tête ! Louise Hublet, 20 ans, sera tuée de deux balles au front et une dans l'oreille. Félicie Tonnelier, 16 ans, recevra une balle dans l'œil gauche et trois autres dans la tête. Kléber Giloteaux, le porte drapeau, a été touché par trois balles dans la poitrine et deux autres dont une à l'épaule…
Un dixième décès sera à déplorer le lendemain. Camille Latour, 46 ans, commotionné après avoir assisté à la fusillade, décèdera des suites de ses blessures ! Les 10 fusillés de Fourmies seront inhumés le 4 mai devant une foule estimée à près de 30 mille personnes.
Fourmies à la une de la presse...
La presse du monde entier va alors s'emparer de cet évènement tragique. Partout en France, en Europe et même aux États-Unis, l'émotion est à son comble. Certains retiennent l'aspect tragique de la fusillade ; d'autres soulignent le rôle de l'abbé Margerin, curé de la paroisse. A l'issue de cette fusillade, l'Abbé Margerin, avait en effet porté assistance aux blessés et aux mourants. Il est représenté comme s'interposant face à la troupe ; son rôle a ainsi été grandi car à cette date, l'Eglise catholique entamait un rapprochement avec la classe ouvrière. C'est le début du catholicisme social ce que confirme l'Encyclique Rerum Novarum, quelques jours plus tard, 15 mai 1891.
Quelques jours après les évènements tragiques de Fourmies, les députés décident d'ouvrir un débat à l'Assemblée nationale. Le 5 mai 1891, les députés votent à l'unanimité un secours de 50 000 Francs destiné aux familles des victimes.
Le 8 mai, dans l'après-midi, à la Chambre des Députés, une proposition d'amnistier tous les manifestants du 1er Mai de Fourmies est déposée par les radicaux, les socialistes et les boulangistes.
Clémenceau, membre du parti Radical, déclare lors d'un discours qui restera gravé dans la mémoire des fourmisiens : « Messieurs, n'êtes-vous pas frappés de l'importance qu'a prise cette date du 1er Mai ? (…) Si bien qu'il éclate aux yeux des moins clairvoyants que partout le monde des travailleurs est en émoi, que quelque chose de nouveau vient de surgir, qu'une force nouvelle et redoutable était apparue, dont les hommes politiques auraient désormais à tenir compte. Qu'est-ce que c'est ? Il faut avoir le courage de le dire, et dans la forme même adoptée par les promoteurs du mouvement : c'est le Quatrième État qui se lève et qui arrive à la conquête du pouvoir. (…) Il y a quelque part sur le pavé de Fourmies une tache de sang qu'il faut laver à tout prix… Prenez garde ! Les morts sont de grands convertisseurs ; il faut s'occuper des morts ! ».
La proposition d'amnistie sera finalement repoussée par 294 voix contre 191.
En 1903, un monument sera élevé à la mémoire des fusillés de Fourmies, dans le cimetière du centre. La journée de 8 heures, soit 48 heures par semaine a été accordée par la loi du 23 avril 1919. Il faudra attendre 1936 et le « Front Populaire » pour que les autres revendications puissent enfin être entendues…
Aujourd'hui encore la mémoire des fusillés du 1er mai 1891 à Fourmies est honorée chaque année…
Ce résumé a été élaboré d'après le livre d'André Pierrard et de Jean-Louis Chappat : « La fusillade de Fourmies » paru aux éditions Maxima.
L'effort syndical pendant la Commune
La guerre franco-allemande de 1870 provoque une interruption dans le développement du mouvement ouvrier, de même qu'un ralentissement dans l'activité de l'Association Internationale des Travailleurs. Toutefois, l'effervescence et la révolte populaire se manifestent dans l'insurrection du 18 mars 1871, lorsque la Commune fut proclamée à Paris.
La cause originelle du soulèvement ouvrier était non seulement la grande misère, conséquence du siège de la capitale, mais une réaction instinctive à la capitulation et à la défaite qui avaient exaspéré et bouleversé les masses populaires, considérant la Commune comme leur salut et le triomphe de la justice sociale.
Le Conseil général de la Commune se composait de militants jacobins, blanquistes et internationalistes. Ces derniers, bien qu'ils étaient en minorité, firent prévaloir et réussirent à faire accepter par la majorité un programme économique et social précis qui correspondait aux besoins immédiats et à la volonté d'émancipation de la classe ouvrière. C'est, en effet, aux délégués de l'Internationale, notamment Varlin, Frankel, Vaillant et Malon que revient le mérite d'avoir poursuivi jusqu'à la Semaine sanglante, une action concertée avec les Chambres syndicales. C'est grâce à l'influence idéologique de l'Internationale que les organisations ouvrières et les sociétés coopératives jouèrent un rôle actif dans la vie sociale et économique de la Commune. Pour la première fois, Varlin et Frankel, tous deux imbus des idées syndicales, réalisent les revendications ouvrières, pour lesquelles ils ont lutté sous le Second Empire, et font des innovations révolutionnaires dans le domaine du travail et de la production.
Le premier acte de Léo Frankel, chargé du ministère du Travail et du Commerce, fut de faire une enquête minutieuse et détaillée sur la situation économique des travailleurs. Pour lutter contre le chômage, il fit ouvrir dans les mairies des vingt arrondissements de Paris, des bureaux d'embauches. Aussitôt après, il prescrit par un décret que les ateliers abandonnés par les patrons seront dirigés par les coopératives ouvrières, et que les propriétaires anciens seront indemnisés. Un autre décret interdisant les amendes et les retenues sur les appointements et les salaires dans les administrations publiques et privées, restitue celles qui avaient été perçues depuis le 18 mars. Frankel promulgue encore deux décrets particulièrement importants: l'interdiction du travail de nuit dans les boulangeries et la liquidation du Mont de Piété qu'il propose de remplacer par «une organisation sociale qui donnerait aux travailleurs des garanties réelles de secours et d'appui en cas de chômage et de maladie».
Le ministre ouvrier met en application son programme syndical, en fixant le salaire minimum et la durée du travail des employés des Ateliers du Louvre. Frankel propose la journée de huit heures; la majorité de la Commune adopte la journée de dix heures. Et, enfin, un autre décret fixe le maximum des traitements à 6.000 francs par an.
Dans les adjudications, Frankel favorise surtout les organisations ouvrières, avec lesquelles il collabore pendant toute la durée de la Commune. Il stimule, avec Varlin, l'activité coopérative et encourage la réorganisation des corps de métiers: 34 chambres syndicales, 43 associations de production et 7 coopératives d'alimentation fonctionnent.
Telle était l'action positive, mais provisoire de Léo Frankel, un des premiers législateurs des revendications et des droits ouvriers en faveur de la classe laborieuse. Mais, malheureusement, tous les résultats et avantages acquis furent perdus après l'écrasement sanglant de la Commune.
Fernand PELLOUTIER
Théoricien et organisateur syndicaliste de talent, propagandiste,avec Aristide BRIAND, de la grève générale.
Fernand PELLOUTIER est né à Paris, le 1er octobre 1867.
Il collabore, en 1885 à la Démocratie de l'Ouest, puis crée, en 1889, l'Ouest Républicain. Fernand PELLOUTIER prend la Direction, en 1891, de la Démocratie de l'Ouest.
Fernand PELLOUTIER fonde, à Saint Nazaire, une section du Parti Ouvrier Français. Il représente, au congrès régional de Tours de 1892, les Bourses de Saint Nazaire et de Nantes et y préconise la grève générale, dont il sera le défenseur acharné.
Il devient Secrétaire de la Fédération des Bourses en 1895, fonde, en 1897, l'ouvrier des deux mondes, et en 1899, il est nommé enquêteur à l'Office du Travail (Ministère du Commerce). Fernand PELLOUTIER décède à 33 ans le 13 mars 1900.
Histoire du Travail
1733
John Kay perfectionne le tissage
Le britannique John Kay met au point la "navette volante", afin d’améliorer la vitesse du tissage. Ce nouveau système mécanique permet de tisser les fils à une vitesse considérable et sous forme de tissus beaucoup plus larges. Elle nécessite donc moins de main d’œuvre. Toutefois, le rendement de production de fils deviendra insuffisant et les tisserands seront vite à court de matière première. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’ingénieurs chercheront à perfectionner aussi le filage.
1767
Première machine à filer conçue par Hargreaves
Le tisserand britannique James Hargreaves invente sa "spinning jenny", un métier à filer permettant d’obtenir huit fils simultanément, et ce, grâce à l’action d’une seule personne. Hargreaves déposera un brevet en 1770 et le nombre de fils tissés augmentera par la suite. Ce système nécessite toutefois l’intervention humaine et ne sera pas exploité par l’industrie.
1769
Richard Arkwright invente sa machine à tisser mécanique
Richard Arkwright dépose un brevet pour sa "water-frame", une machine à tisser inspirée de celle de Hargreaves mais fonctionnant grâce à un moteur hydraulique. Il signe ainsi la naissance de la première machine à tisser mécanique. C’est aussi la fin du tissage à domicile, puisqu’il faut désormais employer du personnel en usine, pour faire tourner les machines. Arkwright fondera d’ailleurs lui-même une usine au début des années 1770.
1789
24 décembre
Amélioration du droit au travail
L'Assemblée adopte un nouveau décret reconnaissant les non-catholiques (les protestants) et les comédiens aptes à tous les emplois civils et militaires. Le texte leur accorde également le droit de vote et d'éligibilité. Les juifs ne bénéficient pas de ces améliorations et restent soumis à des restrictions en matière d'égalité d'emploi.
1791
2 mars
Décret d'Allarde
Le décret d’Allarde supprime les corporations, introduisant un changement radical dans l’économie et l’organisation du travail. Les corporations étaient des regroupements de personnes exerçant le même métier. Cette structure née au Moyen-Âge permettait à un corps de métiers d’exercer un monopole par secteur, souvent par ville, et d’avoir un certain poids politique. Mais elle subissait depuis le début du siècle la concurrence avec un modèle industriel capitaliste reposant sur la libre concurrence. Renforcée par la loi Le Chapelier, ce décret permet ainsi de modifier l’économie ainsi que le statut de l’employé. Mais la loi Le Chapelier sera aussi l’occasion d’interdire le droit de grève.
14 juin
Promulgation de la loi Le Chapelier
La loi Le Chapelier vient renforcer le décret d’Allarde et interdit la formation de tout groupement professionnel. Orienté à l’origine contre les corporations afin de renforcer la liberté d’entreprendre, son extension à toutes les formes de rassemblements de professionnels met fin à toute possibilité de syndicats ou de grève. Elle signe aussi la fin des rassemblements paysans.
1806
18 mars
Création du conseil de prud'hommes
Napoléon Ier crée une institution visant à régler les différends entre employeurs et salariés. La loi, qui sera complétée par un décret le 3 juillet, prévoit l'établissement d'un conseil de prud'hommes "dans les villes de fabriques où le gouvernement le jugera convenable". Le premier conseil de prud'hommes verra le jour à Lyon à la demande des industriels de la soie. En 1813, on dénombrera 26 conseils à travers toute la France.
1831
21 novembre
Révolte des Canuts à Lyon
Les tisserands de soie lyonnais (appelés canuts) s'insurgent contre le salaire minimum. Ils déclarent la grève générale et très vite l'insurrection prend la forme d'une révolte. Le tarif minimum avait été négocié entre les fabricants de soie, les chefs d'atelier et les canuts. Mais une centaine d'entre eux ont refusé de l'appliquer. Les ouvriers se révoltent contre leurs patrons dans tous les quartiers de Lyon. Les soldats se joignent aussi à leur mouvement. Le général Roguet qui gouverne la ville est contraint d'abandonner Lyon aux insurgés. La révolte des canuts sera réprimée dans le sang par le fils du roi Louis-Philippe, le Duc d'Orléans, au mois de décembre.
1841
22 mars
Loi sur le travail des enfants
L'âge minimum d'embauche est fixé à 8 ans et à 13 ans s'il s'agit d'un travail de nuit. La durée du temps de travail est établi à 8 heures par jour pour les enfants de 8 à 12 ans et à 12 heures pour ceux entre 12 et 16 ans. Cette loi d'un genre nouveau en France ne concerne que les entreprises de moins de 20 ouvriers. Elle ne sera que très peu appliquée.
1848
2 mars
Limitation du temps de travail en France
Sur une proposition de la Commission du Luxembourg présidée par Louis Blanc, le tout jeune gouvernement de la Deuxième République fixe la durée de la journée de travail à 10 heures à Paris et 11 heures en province. Cependant cette mesure n'aura pas l'occasion d'être appliquée puisqu'elle sera abrogée six mois plus tard.
1864
25 mai
Reconnaissance de la liberté de coalition
Le vote d’une loi supprime le délit de coalition. L’Empire se montre ainsi plus tolérant à l’égard des ouvriers puisque cette restriction de la loi Le Chapelier rend possible les grèves. Toutefois, celles-ci ne devront pas attenter à la liberté de travail ni engendrer de violences.
1874
19 mai
Le travail de la femme et de l'enfant mieux réglementé
Une loi instaure de nouvelles règles quant aux conditions de travail de certaines catégories de la population. Ainsi, il sera dorénavant interdit d’employer un enfant en deçà de 12 ans, sauf exception. Pour les mineurs et les femmes en âge de travailler, le travail sera limité à douze heures par jour et interdit le dimanche et les jours fériés. Malgré la peur des « classes laborieuses », notamment après la Commune de Paris, cette concession paraît nécessaire, ne serait-ce que sur un point de vue militaire. En effet, la défaite contre la Prusse est perçue par beaucoup comme la défaite de corps usés par le travail avant l’âge. L’autre innovation est la création d’institutions susceptibles de contrôler l’application de la loi et de prononcer des sanctions. Toutefois, faute de moyens humains, la portée de cette loi sera très limitée dans les faits.
1884
21 mars
Reconnaissance officielle des syndicats
Sous l’impulsion du ministre de l'Intérieur René Waldeck-Rousseau, les députés votent une loi qui s’inscrit dans une dynamique de réglementation du travail et de la prise en compte des intérêts ouvriers. Ainsi, le Parlement Républicain instaure une certaine liberté syndicale et d’association professionnelle. La loi Le Chapelier s’efface donc devant une volonté d’asseoir les libertés républicaines.
1886
1 mai
Les origines de la "Fête du travail"
Les syndicats américains organisent une grève pour que la journée de travail soit limitée à 8 heures. Les affrontements entre les manifestants et les policiers font plusieurs morts. En 1889, la 2ème Internationale socialiste réunie à Paris, décide de faire du 1er mai une journée de revendications ouvrières. En France en 1941, le 1er mai est consacré "fête du Travail et de la concorde nationale". En 1947, il devient de droit un jour chômé et payé. Aujourd'hui aux Etats-Unis, bien que le 1er mai soit né dans ce pays, le "Labor Day" est fêté le 1er lundi de septembre.
1898
9 avril
Loi sur les accidents du travail
Le Parlement français vote une loi établissant la responsabilité patronale dans les accidents du travail. Parallèlement, un système d'assurances est crée pour les employeurs. Elle entrera en vigueur le 1er juillet 1899. Le texte est longuement débattu, puisque la première proposition de loi relative aux accidents du travail a été présentée en mai 1882.
1900
30 mars
Millerand réforme le droit du travail
Alexandre Millerand inaugure un ensemble de lois qui va modifier le statut de l’ouvrier d’avant-guerre. La limitation du temps de travail concerne pour la première fois toute la population. Fonctionnant par paliers, la limitation horaire absolue est de onze heures par jour. C’est le début d’une série de lois qui vont se succéder en dix ans sur les thèmes de la sécurité, du repos hebdomadaire ou encore des retraites. Par ailleurs, on s’oriente vers une réglementation du travail qui n’est plus unilatérale mais qui inclut les syndicats dans les négociations.
1905
27 juin
Mutinerie à bord du cuirassé "Potemkine"
L'équipage du cuirassé russe "Potemkine", dans le port d'Odessa sur la mer Noire, se révolte après qu'un officier ait abattu un marin qui se plaignait de la viande avariée servie à bord. Le commandant et d'autres officiers sont tués et jetés à la mer. L'insurrection s'étendra à d'autres villes de l'Empire russe. La répression fera plusieurs centaines de morts et certains marins du "Potemkine" trouveront asile en Roumanie. Le film d'Eisenstein en 1925 immortalisera cette mutinerie.
1911
Taylor publie “The Principles of Scientific Management”
Frederick Winslow Taylor, ingénieur d’origine allemande, publie un ouvrage dans lequel il expose son système organisationnel du travail. Appelé plus tard "taylorisme", ce dernier s'appuie sur une organisation scientifique du travail et vise à améliorer la rapidité d’exécution et de production des employés. Après des années d’analyse au sein de sa société, la Midvale Steel Corporation, il préconise, dans un premier temps, la séparation des tâches à effectuer. Les dirigeants conçoivent et chronomètrent tandis que les ouvriers se limitent à l’exécution, sur des postes qui leur sont attribués. Cette nouvelle méthode obtient de bons résultats mais ne sera pas appréciée par les ouvriers, qui se disent transformés en simples machines.
1919
25 mars
Instauration des Conventions collectives
Après un climat autoritaire dû à la Première Guerre mondiale, le droit du travail français subit de nouvelles évolutions plus favorables aux salariés, notamment dans l’année 1919. Ainsi le 25 mars, une loi instaure un cadre général pour conventions collectives. Dans un premiers temps les effets seront limités, mais l’évolution vers ce système va se poursuivre. D’autres lois vont suivre, notamment un an plus tard avec la modification de la loi sur les syndicats, malgré un changement de gouvernement.
11 avril
Création de l'OIT
La conférence de la paix réunie à Versailles adopte une charte internationale du travail baptisée Organisation internationale du travail (OIT) ou aussi Organisation mondiale du travail (OMT). Composée de 150 états, l'institution a pour but d'améliorer les conditions de travail, le niveau de vie et de veiller à la stabilité économique et sociale. Etablie à Genève, l'OIT sera rattachée à l'ONU en 1946.
23 avril
La journée de travail passe à huit heures
Un mois à peine après avoir voté la loi sur les conventions collectives, les députés instaurent la journée de huit heures. Associée au jour de repos obligatoire depuis 1906, le travail hebdomadaire est désormais fixé à 48 heures. Des exceptions restent toutefois possibles. Contrairement aux lois de la fin du dix-neuvième qui se limitait parfois à la théorie, elle fut assez bien acceptée et appliquée.
28 octobre
L'Organisation Internationale du Travail se réunit pour la première fois
Dans le cadre des négociations internationales de la Conférence de la paix qui suit la Première Guerre mondiale, la création de l’Organisation Internationale du Travail est décidée en avril. Rattachée à la Société des Nations, elle poursuivra son existence en tant qu’institution des Nations Unies à partir de 1945. Son objectif est de fixer des règles sur les conditions de travail dans le monde et de favoriser le progrès social. Lors de cette première réunion, six conventions sont adoptées. Elles portent notamment sur la limitation du temps de travail et les conditions de travail des enfants.
1936
7 juin
Congés payés et semaine de 40 heures
Dans la nuit du 7 au 8 juin, à l'hôtel Matignon à Paris, sont signés les accords entre le nouveau président du Conseil, Léon Blum, la Confédération générale du patronat français (CGPF) et la Confédération générale du travail (CGT). Consécutifs à l'arrivée au pouvoir du gouvernement du Front populaire, ces accords prévoient la généralisation des conventions collectives, la création des délégués du personnel et une augmentation de 12% des salaires. Mais on retiendra surtout l'instauration de la semaines de 40 heures et l'octroi de 15 jours de congés payés.
1941
4 octobre
Interdiction de faire grève en France
La loi du 4 octobre 1941 dite «Charte du travail», est votée par le régime de Vichy. Elle interdit la grève et pose le principe des syndicats uniques et obligatoires.
1946
27 octobre
Les droits sociaux inscrits dans la constitution de la Quatrième République
L’avènement de la Quatrième République transforme à sa manière le droit du travail en France. Désormais, par leur inscription dans le préambule, certains droits et libertés deviennent constitutionnels. Le texte affirme ainsi que « Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l'action syndicale et adhérer au syndicat de son choix. », instaure le droit de grève et l’interdiction de la discrimination au travail. Il s’engage aussi sur le respect du droit international. L’attachement à ce préambule et à la déclaration universelle des droits de l’homme sera réaffirmé dans la constitution de 1958.
1964
7 novembre
Naissance de la CFDT
La CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) change de nom lors de son congrès extraordinaire tenu à Paris. Le syndicat de 800 000 membres devient la CFDT (Confédération française des travailleurs démocratique). Eugène Deschamps le secrétaire général, donne ainsi un nouvelle élan idéologique à la gauche dans le monde du travail.
1967
13 juillet
Chirac crée l'ANPE
L'Agence Nationale pour l'Emploi (ANPE) est crée sur ordonnance du secrétaire d'Etat aux Affaires Sociales chargé de l'emploi, Jacques Chirac. Elle prend le relais des Services Extérieurs du Travail et de la Main d'Oeuvre (SETMO) mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale. L'ANPE, est un office autonome qui a pour mission de recenser les emplois disponibles et de venir en aide aux 300 000 chômeurs que compte la France en leur proposant travail ou formation.
17 août
La participation devient obligatoire
Initiée par l’ordonnance du 7 janvier 1959, la participation aux bénéfices de l’entreprise passe, par une nouvelle série d'ordonnances, de facultative à obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés. La politique gaulliste voit dans cette pratique un moyen d’intéresser plus activement les employés à leur entreprise. C’est aussi un moyen de délier rémunération et contrat de travail, tandis que le blocage des fonds favorise l’épargne populaire.
1982
13 janvier
Passage aux 39 heures
Le gouvernement de Pierre Mauroy instaure la semaine des 39 heures pour les salariés et généralise la cinquième semaine de congés payés.
1983
1 avril
Entrée en vigueur de la retraite à 60 ans
L'ordonnance du 26 mars 1982 abaisse l'âge légal de la retraite. Tous les salariés ont désormais la possibilité de prendre leur retraite à taux plein à 60 ans (57 ans pour les fonctionnaires) à condition qu'ils disposent des 37,5 annuités nécessaires.
1998
13 juin
La France passe au 35 heures
La loi sur les 35 heures de Martine Aubry, ministre de l'Emploi et de la Solidarité, est adoptée malgré une vigoureuse opposition du Centre national du patronat français (CNPF). La loi limite à 35 heures la durée hebdomadaire légale du travail à partir du 1er janvier 2000 dans les entreprises de plus de 20 salariés et la rend obligatoire au 1er janvier 2002 dans toutes les autres entreprises. La droite qui remportera les élections législatives en 2002, assouplira ces dispositions.
Histoire du droit de grève
1791
14 juin
Promulgation de la loi Le Chapelier
La loi Le Chapelier vient renforcer le décret d’Allarde et interdit la formation de tout groupement professionnel. Orienté à l’origine contre les corporations afin de renforcer la liberté d’entreprendre, son extension à toutes les formes de rassemblements de professionnels met fin à toute possibilité de syndicats ou de grève. Elle signe aussi la fin des rassemblements paysans.
1803
12 avril
Apparition du livret ouvrier
La loi du 22 Germinal an XI réaffirme l’interdiction des rassemblements d’ouvriers et donc l’illégalité des syndicats. Elle fait aussi de la grève un délit. Mais surtout, elle instaure un nouveau système de contrôle plus stricte des travailleurs : le livret ouvrier. Sur celui-ci, les dates de début et de fin de chaque emploi doivent être inscrits. Dans les sources de motivation de cette mesure, la volonté de renforcer la dépendance du salarié vis-à-vis de son employeur et celle d'accentuer le contrôle policier figurent en bonne place.
1864
25 mai
Reconnaissance de la liberté de coalition
Le vote d’une loi supprime le délit de coalition. L’Empire se montre ainsi plus tolérant à l’égard des ouvriers puisque cette restriction de la loi Le Chapelier rend possible les grèves. Toutefois, celles-ci ne devront pas attenter à la liberté de travail ni engendrer de violences.
1941
4 octobre
Interdiction de faire grève en France
La loi du 4 octobre 1941 dite «Charte du travail», est votée par le régime de Vichy. Elle interdit la grève et pose le principe des syndicats uniques et obligatoires.
1946
27 octobre
Les droits sociaux inscrits dans la constitution de la Quatrième République
L’avènement de la Quatrième République transforme à sa manière le droit du travail en France. Désormais, par leur inscription dans le préambule, certains droits et libertés deviennent constitutionnels. Le texte affirme ainsi que « Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l'action syndicale et adhérer au syndicat de son choix. », instaure le droit de grève et l’interdiction de la discrimination au travail. Il s’engage aussi sur le respect du droit international. L’attachement à ce préambule et à la déclaration universelle des droits de l’homme sera réaffirmé dans la constitution de 1958.